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Intellectuel : une catégorie éphémère ? Définitions, identités sociales, contextes transnationaux

Appel d'offre co-organisée par ICT

Daria Petushkova & Marion Labeÿ (Laboratoire ICT, Université de Paris)


A partir des années 1970-1980, l’intellectuel (et les intellectuels) devient un objet d’étude privilégié dans les domaines de l’histoire politique et culturelle et de la sociologie. La France, en particulier, produit une abondante littérature sur le sujet intégrant souvent des approches méthodologiques novatrices, si bien qu’on considère aujourd’hui l’histoire des intellectuels comme un champ d’études à part entière. Cependant, la définition même de l’intellectuel suscite toujours des débats dans l’historiographie et les prises de position reflètent souvent les convictions et les affinités idéologiques et politiques des chercheurs et des commentateurs. Qu’il s’agisse d’écrivains d’artistes, d’universitaires, de critiques, de journalistes ou encore de militants et de théoriciens politiques, ce groupe très vaste et contrasté des « figures intellectuelles » résiste à toute catégorisation claire et définitive.
Qu’est-ce qu’un intellectuel ? S’agit-il d’une classe sociale, de l’ensemble des professions intellectuelles, d’une posture politique dans la cité ou bien d’une figure dépassée qui est morte avec la disparition des « grands » penseurs comme Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault ?
L’histoire politique a traditionnellement définit l’intellectuel comme un « homme de culture, créateur ou médiateur, mis en situation d’un homme du politique, producteur ou consommateur d’idéologie » (J.-F. Sirinelli et P. Ory), qui « applique à l’ordre politique une notoriété » acquise dans sa sphère de compétence (Jacques Julliard et Michel Winock). En même temps, la tradition sociologique, de Antonio Gramsci et Karl Mannheim en passant par Michel Foucault et Pierre Bourdieu, à Daniel Bell ou Steve Fuller, analysait les rapports entre les intellectuels et leur place dans les structures sociales et leurs relations avec les classes : représentent-ils une classe en soi ou sont-ils plutôt des porte-paroles de leur classe d’origine ?
Il ne serait pas exagéré d’affirmer que l’histoire des intellectuels a toujours été une histoire engagée, marquée par l’opposition « gauche - droite » et par les batailles idéologiques entre l’Est et l’Ouest, caractérisant le « court » XXème siècle. En effet, les définitions existantes de l’intellectuel semblent reposer principalement sur des positions politiques opposées: les dreyfusards contre les antidreyfusards, l’intellectuel « universel » contre celui dit « révolutionnaire », « organique » contre « traditionnel », « compagnon de route » ou « chien de garde », intellectuel critique ou « conseiller du prince », expert ou clerc.
Cette journée d’étude invite les chercheurs à mettre en avant les divergences entre les représentations de la figure de l’intellectuel au sein des différentes approches méthodologiques et disciplinaires, ainsi que dans les contextes nationaux et transnationaux.

La figure de l’intellectuel français, issu de l’engagement des écrivains et savants autour de l’Affaire Dreyfus à la toute fin du XIXe siècle, est régulièrement empruntée hors du contexte français sans que ne soit interrogée la pertinence de ce modèle, ni l’intérêt épistémologique d’un tel emprunt pour l’analyse de situations historiques foncièrement différentes, souvent éloignées dans l’espace mais aussi dans le temps.
Nous encourageons donc les regards croisés et comparatifs, plus à même de traiter les questions d’identité(s), d’autoreprésentation(s) et des subjectivité(s) des intellectuels. Il s’agit également de se pencher sur la question des circulations européennes, internationales ou transnationales des savoirs, des pratiques politiques et sociales des intellectuels. Nous estimons qu’il est nécessaire de redonner à la figure de l’intellectuel sa qualité de sujet « opérant » et de repenser les définitions que ces individus donnent d’eux-mêmes.
En outre, il nous semble important de dépoussiérer la question du statut des intellectuels dans la société, notamment dans le contexte historique actuel : l’effacement progressif du clivage « gauche-droite » dans le contexte du capitalisme néolibéral a modifié les relations entre les intellectuels et la politique; l’émergence de nouveaux types de médias, la démocratisation de l’éducation ont largement participé à la restructuration du champ intellectuel. Il s’agit bien de questionner l’idée en vogue de la « mort des intellectuels » mais aussi de comprendre les raisons qui poussent certains à dénoncer une telle disparition.
Pendant cette journée d’études plusieurs axes seront valorisés:
1. Construction d’un sujet : les définitions de l’intellectuel (approches, méthodes, traditions)
2. Identité sociale : entre la responsabilité, la vocation et le statut social
3. Travelling concept : l’usage du concept de « l’intellectuel » dans les différents contextes nationaux, transnationaux et internationaux (intellectuels, intelligentsia, mandarins, public intellectuals, etc.).
4. Intellectuel engagé : typologie, formes de l’engagement, stratégies d’action dans des contextes nationaux différents
5. Post colonial/Gender studies : Vers une remise en question de l’autorité de l’intellectuel « occidental »?

Date de journée jeunes chercheur.e.s : 29 juin 2020
Langues de travail : français, anglais
Les propositions de communication (max 400-500 mots) doivent être accompagnées d’un court CV) et sont à envoyer à l’adresse intellectualsdiderot@gmail.com
Date limite de soumission : 20 avril 2020. La liste des participants sélectionnés sera communiquée au plus tard mi-mai. Les frais d’hébergement seront pris en charge dans la mesure du possible. Les frais de déplacements restent à la charge des participants.

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